Salle Cortot, Paris – Auguste Perret

En 1928, Auguste Perret est invité à construire, sur un terrain de 9 m par 29 m, en extension de l’École normale de musique, une salle de 500 places reliée à l’établissement, mais susceptible de fonctionner de façon autonome. Alors que tout appelait une disposition en longueur (à la manière d’un studio de cinéma), Auguste

Perret opta pour un parti audacieux, consistant à loger la scène au milieu de la parcelle, en débord sur une cour, en déployant les gradins en arcs de cercle dans la longueur de la salle. Ce parti permettait de répondre aux exigences fonctionnelles par la magie des imbrications : entrées distinctes pour le public et les musiciens, escaliers dans les angles morts, hall-foyer sous les gradins… Auguste Perret parvint à faire de ce dispositif une authentique architecture. La salle paraît symétrique grâce à la forte définition du volume de scène et à l’apparence carrée des travées d’ossature. La construction fut rapide. La structure composée de huit poteaux (dont deux transformés en colonnes pour marquer le cadre de scène) se glisse entre les murs existants. Les parois intérieures sont revêtues de feuilles de contreplaqués d’okoumé clouées sur des tasseaux. Outre l’effet absorbant du bois, Auguste cherchait ici un système analogue à une caisse de résonance. Des fentes furent ménagées entre les plaques. Le fond de scène, qui adopte en partie haute un profil courbe, rabat le son vers l’auditoire. L’architecture repose toute entière sur l’expression des contraintes et sur la pauvreté des matériaux. L’ossature, brute de décoffrage, a été partiellement couverte à la feuille de bronze. La rugosité des bétons, les panneaux d’okoumé simplement cloués, les imperfections acceptées, confèrent à cette salle une atmosphère raffinée. En révélant la mise en oeuvre par l’empreinte du coffrage, les frères Perret poursuivent leur entreprise de dévoilement des procédés ; mais ils vont au delà, car refusant tout ragréage, ils laissent voir la texture composite du béton : du ciment, du sable et des graviers. Les défauts de coffrage sont magnifiés. En sublimant l’imperfection, en confrontant le sable ordinaire à la finesse du bronze, ils cherchent plus qu’un effet esthétique ; ils donnent à imaginer, à travers la plage des matières, la latitude des intentions, rendant visible l’ordre mental du projet. Une telle oeuvre mobilise tout le savoir de l’agence-entreprise. Conception et fabrication s’interpénètrent. On mesure ici le chemin parcouru depuis le garage de la rue Ponthieu. Mais l’exploration engagée par les frères Perret ne s’arrête pas là. Elle prend, à la même période, une autre voie, celle d’un rapport pacifié entre matière et conception, débouchant bientôt sur la formulation d’un nouvel ordre classique, fondé sur la technique du béton armé.

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