Atelier Chana Orloff, 7 bis Villa Seurat, Paris 14 – Auguste Perret

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En 1926, la sculpteur Chana Orloff fait construire sa maison-atelier Villa Seurat.

L’architecte dont elle a réalisé le portrait en 1923 a alors 52 ans. Il est précurseur dans l’utilisation du béton armé structurel et ce sera ici sa première résidence-atelier de taille moyenne. Chana Orloff qui avait dès 1918 expérimenté le béton moulé (sculpture de la Madone) était très intéressée par ce matériau et c’est sans doute ce qui l’a guidée dans son choix du maître d’œuvre.

Fonctionnel, adapté à sa vie privée et professionnelle, ce « travailloir » est consacré à l’activité de Chana. Le projet est élaboré en mars 1926 et rapidement mis en œuvre. Au rez-de-chaussée, les ateliers sont aménagés en double-hauteur. L’espace de travail, à l’extrémité de la maison, en fond de parcelle, est protégé de toute vue. Accessible depuis l’entrée, la partie exposition donne sur la rue et est surplombée d’une galerie de faible hauteur sous plafond (2,10 mètres) qui offre une perspective sur les œuvres de l’artiste et mène à l’appartement situé au second étage. Celui-ci, d’une surface d’à peine 60 mètres carrés, possède une organisation plutôt conventionnelle, avec deux chambres qui s’ouvrent au sud sur une terrasse. Auguste Perret privilégie les volumes et attache une grande importance à la qualité de l’éclairage naturel. Il positionne ainsi, sur le toit-terrasse, des châssis zénithaux orientés au nord : un choix qui permet de bénéficier d’une lumière stable et sans ombre, et ce tant dans le logement que dans l’atelier de travail.

Compositions

Alors que les architectes du Mouvement moderne – auquel appartient André Lurçat – réalisent des façades lisses, en moellons enduits de plâtre, dépouillées et sans modénature, celle que réalise Perret pour l’atelier de Chana Orloff affirme une composition à la fois constructive – la structure poteaux-poutres en béton ordonne et rend lisible la composition des espaces intérieurs de la maison – et décorative. Les baies menuisées de près de 4,50 mètres laissent entrevoir aux promeneurs l’univers secret de la sculpteur. Au-dessus, entre les deux bandeaux horizontaux en béton, l’appareillage de briques posées en quinconce, percé de deux baies carrées d’environ un mètre par un mètre, semble protéger le séjour du deuxième étage des regards extérieurs. Le système constructif est également perceptible dans l’atelier avec ses poutres fines qui composent les volumes. La présence de l’artiste est encore palpable dès l’entrée dans l’atelier, au travers des sculptures. Celles-ci troublent, étonnent et donnent l’impression de pénétrer dans un monde plus riche, plus dense. C’est la seule maison-atelier de la Villa Seurat, avec celle de Robert Couturier, à ne pas avoir changé de vocation.

En 1945, de retour de Genève où elle s’était réfugiée, Chana Orloff découvre sa maison pillée, les meubles, plâtres et bronzes disparus, certaines sculptures en pierre fracassées. Elle remplacera les meubles disparus signés Francis Jourdain ou Pierre Chareau par du mobilier fonctionnel ; elle ne restaurera pas ses sculptures mutilées, mais se contentera de monter ici sur un socle une tête privée de son corps, là, de recouper un buste fracassé. D’une certaine façon, seule l’œuvre en devenir l’intéressait. Ses sculptures d’après-guerre témoignent de ses recherches et de son humanisme indestructible. C’est sa réponse à la barbarie.

 

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