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Citations sur Auguste Perret

« Il y a en France quelqu’un qui élabore véritablement l’architecture moderne », déclare Le Corbusier en 1910 en Allemagne, lors de son séjour à l’agence Peter Behrens, tandis qu’il montrait une photographie de l’immeuble de rapport réalisé en 1903 par Auguste Perret et son frère cadet Gustave, rue Franklin à Paris.

Une « construction visionnaire » pour le critique et historien de l’architecture Sigfried Giedion, en 1928, faisant allusion à l’emploi jusque-là inédite d’une ossature en béton armé, portante et surtout apparente, permettant le dessin de plans libres, chaque occupant pouvant modifier la disposition des cloisons.

« L’église Notre-Dame du Raincy, j’y passe tous les jours. C’est une horreur. » : une visiteuse de l’exposition du CES devant une photographie de l’édifice religieux achevé en 1913 .

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Le propriétaire de la Villa Aghion d’Alexandrie obtient sa destruction

Des monceaux de briques et des blocs de béton armé entremêlés, un pan de façade éventré : la villa Aghion, construite en 1926 par l’architecte français Auguste Perret, n’est plus qu’un amas de gravats informe, qui s’étale au milieu des habitations cossues du quartier de Wabour El-Maya, sur les hauteurs d’Alexandrie. « C’est ironique. Alors qu’on célèbre, cette année, en France, Auguste Perret, dont le travail est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, son œuvre est détruite en Egypte », se désole Yomna Borg, volontaire de Save Alex, une association de protection du patrimoine fondée par de jeunes étudiants en histoire de l’art au lendemain de la révolution de janvier 2011.

Présentée par ses défenseurs comme l’une des perles architecturales d’Alexandrie, ville au passé cosmopolite et dont l’influence culturelle rayonnait sur la Méditerranée durant la première moitié du XXe siècle, la villa Aghion figurait sur la liste de protection du patrimoine du gouvernorat depuis le début des années 1990, et ne pouvait à ce titre être démolie.

Au début des années 1920, Gustave Aghion, architecte issu de la haute bourgeoisie alexandrine, sollicite les frères Perret. Auguste sera le principal maître d’œuvre. De type palladien avec une façade découpée en trois semi-rotondes, le bâtiment de style Arts déco s’inscrit déjà dans le classicisme qui caractérisera l’œuvre d’Auguste Perret. Il offre l’un des premiers exemples de rotonde à colonnes que l’on retrouvera vingt ans plus tard, à Paris, dans l’une des œuvres les plus célèbres de Perret, le Musée des travaux publics, plus connu sous le nom de palais d’Iéna.

DES ANNÉES DE BATAILLE JUDICIAIRE

« Perret a eu recours à des briques rouges comme élément décoratif. C’est une tendance qu’il a réutilisée ensuite dans d’autres pays. Il s’est également inspiré de l’architecture pharaonique. De ce point de vue, la villa Aghion était l’une des plus remarquables œuvres de la ville », souligne Mohamed Aboul Gheit, un des fondateurs du collectif Save Alex.

C’est après des années de bataille judiciaire que son propriétaire, Mohamed Hamed, a obtenu, fin 2013, l’autorisation de démolir le bâtiment. « Il avait acheté la villa en 1998, dans le but de la détruire et de construire une tour moderne », justifie Mohamed Saad, avocat du propriétaire, assurant que son client ignorait alors tout de la valeur patrimoniale de son acquisition. Mohamed Hamed porte l’affaire devant la cour administrative du gouvernorat, exigeant que la bâtisse ne soit plus inscrite au patrimoine alexandrin.

Des années plus tard, après deux tentatives de destruction illégale infructueuses, qui laisseront la villa Aghion amputée d’une partie de sa façade, il obtient gain de cause. Le 5 février, à 9 heures du matin, les bras des bulldozers viennent luiporter le coup fatal.

« C’est un exemple terrible de l’échec des pouvoirs publics à préserver nos trésors nationaux et notre patrimoine culturel », conclut Mohamed Aboul Gheit. Le triste destin de la villa Aghion n’est pas un cas isolé à Alexandrie.

« NOUS N’AVONS PAS LA CULTURE DE LA RÉNOVATION. »

Depuis 2007, 36 bâtiments historiques ont connu le même sort. « La tendance est à l’augmentation. Depuis fin 2013, 19 bâtiments ont été retirés de la liste de protection du patrimoine après décision de justice », détaille Yomna Borg. Plus de 90 demandes sont en ce moment présentées devant la cour administrative du gouvernorat. « En Egypte, nous n’avons pas la culture de la rénovation. Et l’Etat ne donne pas un sou à ce genre de projets », poursuit la jeune femme.

Après la révolution de janvier 2011, la situation a empiré. La police étant davantage occupée à rétablir l’ordre et son autorité qu’à garantir le respect des lois, le pouvoir cœrcitif de l’Etat a considérablement diminué, laissant la part belle aux constructions illégales. « C’est particulièrement vrai à Alexandrie, car la pression démographique y est très forte. Un immeuble de dix étages abrite plus de monde qu’une villa », remarque Yomna Borg. « Beaucoup détruisent et construisent illégalement. Nous aurions pu raser la villa Aghion pendant cette période de troubles, argue le propriétaire. Mais nous avons attendu pouremprunter des voies légales. »

Le gouverneur d’Alexandrie s’est opposé à la destruction de la villa Aghion, se rendant sur place le 5 février. Un employé gouvernemental, installé dans un petit cabanon, est depuis censé surveiller l’accès aux lieux 24 heures sur 24. Cependant, l’entreprise de démolition a continué en catimini pendant la nuit. Un cinquième du bâtiment est encore debout. « L’ancien premier ministre avait proposé que l’Etat rachète la villa pour la restaurer. Mais, depuis, le gouvernement a démissionné, et nous n’avons rien obtenu de concret », regrette Yomna Borg, rappelant qu’en 2010, déjà, le pouvoir s’était engagé à rénover le bâtiment. « Au-delà de sa valeur architecturale et historique, la villa Aghion pourrait constituer une ressource économique non négligeable. L’Etat pourrait en faire un musée, un hôtel de luxe… Il faut juste de la volonté politique ! »

Par Marion Guénard – Le Monde – 17/03/14

EN SAVOIR + SUR L’HOTEL AGHION

L’oeuvre d’Auguste Perret vu par un journaliste belge

A l’occasion de l’exposition organisée par le Conseil Economique et Social sur 8 chef d’oeuvres d’Auguste Perret, la Libre Belgique consacre un article à l’architecte du Havre : « Auguste Perret et toute la beauté du béton armé ».

augusteperret.com

Auguste Perret (1874-1954) est un peu belge. Il est né à Ixelles, fils d’un tailleur de pierre qui fut actif sous la Commune et qui se réfugia ensuite dans la capitale belge. Amnistiée en 1881, toute la famille rentra à Paris et Auguste se forma à l’école des Beaux-Arts, ouvrant ensuite un bureau avec ses frères.

Sa brillante carrière est illustrée par une exposition au Palais d’Iéna à Paris, en face du musée Guimet. Elle culmina quand, en 1949 (il avait alors 75 ans), le gouvernement français lui confia – à lui et une équipe de 18 architectes – la tâche de reconstruire tout le centre du Havre complètement détruit par les bombardements alliés des 5 et 6 septembre 1944. Le centre-ville n’était plus qu’un champ de ruines et la ville, l’une des plus sinistrées d’Europe (avec 5000 morts, 40000 sans-abri et 12500 immeubles détruits). Il fallait urbaniser et reconstruire 150 hectares, avec 12000 logements et de nombreux bâtiments civils, commerciaux, administratifs ou religieux. Le résultat (longtemps contesté) est un des plus cohérents de l’architecture moderne avec ceux de Tel Aviv, Chandigarh et Brasilia. Auguste Perret y développa ses idées de « l’Ecole du classicisme structurel ».

Lucas Belvaux a montré la ville dans son film « 38 témoins » avec ses immeubles limités à 4 étages, avec des arcades pour les magasins le long des rues. Pas de tours d’habitation, disait-il, « on s’y ennuie à mourir, l’homme a besoin de garder contact avec le sol. Une ville ‘modèle’ où les habitants réclament désormais leur droit au calme, à l’air, au soleil, à l’espace. » Du béton « classique » et sans ornementation comme l’aimait Perret, qui s’opposait aux outrances du style Art déco.

Il y a des chefs-d’œuvre expliqués à l’exposition, comme l’église Saint-Joseph, dessinée à la main par Perret, aussi le monument aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux durèrent six ans. L’église est surmontée d’une tour-clocher octogonale atteignant 110 m et reposant sur un socle carré. Il y a aussi son hôtel de ville et de nombreux bâtiments d’architectes invités comme Oscar Niemeyer qui construisit, au cœur de la ville, l’espace culturel du Volcan, avec deux grands volumes hyperboliques, plongés dans une agora accessible par une rampe hélicoïdale. A l’intérieur, les murs sont en béton brut de décoffrage.

Longtemps décrié

Cette architecture fut longtemps décriée : trop « classique » pour les post-Le Corbusier ou, au contraire, trop « moderne » pour les habitants du Havre. Heureusement, le centre-ville est protégé depuis son classement au patrimoine mondial de l’humanité en 2005.

L’expo se tient au Palais d’Iéna, siège de la 3e assemblée française (après l’Assemblée nationale et le Sénat), le Conseil économique, social et environnemental (CESE), un bâtiment de béton d’apparence classique avec sa rotonde, construit par Perret en 1939. A l’intérieur, un « ordre classique du béton armé » dont les proportions découlent directement de la logique du matériau avec une grande salle hypostyle (de colonnes) et un escalier monumental. La salle est occupée par l’expo montée par Rem Koolhaas et l’agence OMA, avec 400 documents (plans, maquettes, films, photos d’époque et actuelles du Bruxellois Gilbert Fastenaekens, objets divers, dont la première barque en béton armé !).

Outre Le Havre et le Palais d’Iéna, on y détaille sept autres « chefs-d’œuvre » : l’immeuble de la rue Franklin (1903), le Théâtre des Champs-Elysées (1913), l’église Notre-Dame du Raincy (1923), la salle Cortot (1928) et le Mobilier national (1934).

Après un long dénigrement, on redécouvre l’architecture de cet homme qui fut l’ami de Bourdelle, Maurice Denis et Paul Valéry. Le Corbusier vint faire un stage de 14 mois chez lui, en 1908-1909, et déclara ensuite : « Il y a en France quelqu’un qui élabore véritablement l’architecture moderne. » Il fut visionnaire par l’usage du béton armé (annonçant le brutalisme), la structure portante apparente permettant le plan libre (on peut déplacer les cloisons intérieures).

Il soignait la « peau » de son béton et le faisait rentrer dans un « ordre du béton armé » capable, disait-il, « de rivaliser avec la perfection esthétique du Parthénon ».

Auguste Perret, huit chefs-d’œuvre, au Palais d’Iéna, Paris, de 11h a 18 h, jusqu’au 19 février. A Paris, avec Thalys en 1h20, 25 trajets par jour.

GUY DUPLAT ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS Publié le mercredi 08 janvier 2014 à 05h39 – Mis à jour le samedi 11 janvier 2014 à 12h05

Le Conseil Economique et Social rend hommage à 8 chefs d’oeuvre de Perret

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L’exposition «Auguste Perret, Huit Chefs d’œuvre !/?– Architectures du béton armé», organisée par le CESE en collaboration avec la Fondazione Prada a lieu  à Paris, au sein du Palais d’Iéna et met à l’honneur un des parcours architecturaux les plus inspirants du XXe siècle.

Fils d’un tailleur de pierre communard, passionné dès son adolescence de lectures, de chantiers et de théories, Auguste Perret adéveloppé tout au long de sa carrière une pratique architecturale exigeante fondée sur un usage innovant du béton armé.

L’exposition se penche sur huit édifices majeurs:

  • l’immeuble de la rue Franklin (1903),
  • le théâtre desChamps-Elysées (1913),
  • l’église du Raincy (1923),
  • la salle Cortot (1928),
  • le Mobilier National (1934),
  • le Palais d’Iéna (1937),
  • l’Hôtel de Ville du Havre (1950)
  • l’église Saint Joseph (1951)

Tous les jours, de 11h à 18h
Salle hypostyle du Palais d’Iéna
9, place d’Iéna, 75016 Paris
Entrée libre