L’oeuvre d’Auguste Perret vu par un journaliste belge

A l’occasion de l’exposition organisée par le Conseil Economique et Social sur 8 chef d’oeuvres d’Auguste Perret, la Libre Belgique consacre un article à l’architecte du Havre : « Auguste Perret et toute la beauté du béton armé ».

augusteperret.com

Auguste Perret (1874-1954) est un peu belge. Il est né à Ixelles, fils d’un tailleur de pierre qui fut actif sous la Commune et qui se réfugia ensuite dans la capitale belge. Amnistiée en 1881, toute la famille rentra à Paris et Auguste se forma à l’école des Beaux-Arts, ouvrant ensuite un bureau avec ses frères.

Sa brillante carrière est illustrée par une exposition au Palais d’Iéna à Paris, en face du musée Guimet. Elle culmina quand, en 1949 (il avait alors 75 ans), le gouvernement français lui confia – à lui et une équipe de 18 architectes – la tâche de reconstruire tout le centre du Havre complètement détruit par les bombardements alliés des 5 et 6 septembre 1944. Le centre-ville n’était plus qu’un champ de ruines et la ville, l’une des plus sinistrées d’Europe (avec 5000 morts, 40000 sans-abri et 12500 immeubles détruits). Il fallait urbaniser et reconstruire 150 hectares, avec 12000 logements et de nombreux bâtiments civils, commerciaux, administratifs ou religieux. Le résultat (longtemps contesté) est un des plus cohérents de l’architecture moderne avec ceux de Tel Aviv, Chandigarh et Brasilia. Auguste Perret y développa ses idées de « l’Ecole du classicisme structurel ».

Lucas Belvaux a montré la ville dans son film « 38 témoins » avec ses immeubles limités à 4 étages, avec des arcades pour les magasins le long des rues. Pas de tours d’habitation, disait-il, « on s’y ennuie à mourir, l’homme a besoin de garder contact avec le sol. Une ville ‘modèle’ où les habitants réclament désormais leur droit au calme, à l’air, au soleil, à l’espace. » Du béton « classique » et sans ornementation comme l’aimait Perret, qui s’opposait aux outrances du style Art déco.

Il y a des chefs-d’œuvre expliqués à l’exposition, comme l’église Saint-Joseph, dessinée à la main par Perret, aussi le monument aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux durèrent six ans. L’église est surmontée d’une tour-clocher octogonale atteignant 110 m et reposant sur un socle carré. Il y a aussi son hôtel de ville et de nombreux bâtiments d’architectes invités comme Oscar Niemeyer qui construisit, au cœur de la ville, l’espace culturel du Volcan, avec deux grands volumes hyperboliques, plongés dans une agora accessible par une rampe hélicoïdale. A l’intérieur, les murs sont en béton brut de décoffrage.

Longtemps décrié

Cette architecture fut longtemps décriée : trop « classique » pour les post-Le Corbusier ou, au contraire, trop « moderne » pour les habitants du Havre. Heureusement, le centre-ville est protégé depuis son classement au patrimoine mondial de l’humanité en 2005.

L’expo se tient au Palais d’Iéna, siège de la 3e assemblée française (après l’Assemblée nationale et le Sénat), le Conseil économique, social et environnemental (CESE), un bâtiment de béton d’apparence classique avec sa rotonde, construit par Perret en 1939. A l’intérieur, un « ordre classique du béton armé » dont les proportions découlent directement de la logique du matériau avec une grande salle hypostyle (de colonnes) et un escalier monumental. La salle est occupée par l’expo montée par Rem Koolhaas et l’agence OMA, avec 400 documents (plans, maquettes, films, photos d’époque et actuelles du Bruxellois Gilbert Fastenaekens, objets divers, dont la première barque en béton armé !).

Outre Le Havre et le Palais d’Iéna, on y détaille sept autres « chefs-d’œuvre » : l’immeuble de la rue Franklin (1903), le Théâtre des Champs-Elysées (1913), l’église Notre-Dame du Raincy (1923), la salle Cortot (1928) et le Mobilier national (1934).

Après un long dénigrement, on redécouvre l’architecture de cet homme qui fut l’ami de Bourdelle, Maurice Denis et Paul Valéry. Le Corbusier vint faire un stage de 14 mois chez lui, en 1908-1909, et déclara ensuite : « Il y a en France quelqu’un qui élabore véritablement l’architecture moderne. » Il fut visionnaire par l’usage du béton armé (annonçant le brutalisme), la structure portante apparente permettant le plan libre (on peut déplacer les cloisons intérieures).

Il soignait la « peau » de son béton et le faisait rentrer dans un « ordre du béton armé » capable, disait-il, « de rivaliser avec la perfection esthétique du Parthénon ».

Auguste Perret, huit chefs-d’œuvre, au Palais d’Iéna, Paris, de 11h a 18 h, jusqu’au 19 février. A Paris, avec Thalys en 1h20, 25 trajets par jour.

GUY DUPLAT ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS Publié le mercredi 08 janvier 2014 à 05h39 – Mis à jour le samedi 11 janvier 2014 à 12h05

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